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« L’Europe, c’est là que se joue l’avenir de l’emploi à domicile » : retour sur une semaine très européenne

En juin 2026, la Fepem a franchi une nouvelle étape dans son engagement européen. En l’espace d’une semaine sa présidente, Julie L’Hotel Delhoume, a été élue vice-présidente d’EFFE (la Fédération européenne des emplois de la famille), participé à la réunion des partenaires sociaux européens à Bruxelles, puis a accompagné à Amsterdam la création de la première organisation néerlandaise représentant les employeurs à domicile. Une séquence qui illustre le rôle croissant de la Fepem sur la scène européenne, à un moment où se dessinent des décisions déterminantes pour l’avenir de l’emploi à domicile. Entretien.

Vous venez d’être élue Vice-présidente d’EFFE. Quel est le rôle de cette fédération européenne ?

EFFE est aujourd’hui la seule organisation européenne qui représente les employeurs à domicile auprès des institutions de l’Union européenne. Son rôle est essentiel : porter la voix d’un secteur qui, sans représentation organisée, risquerait de rester invisible dans les débats européens. Or les décisions qui concernent l’emploi à domicile ne se prennent plus uniquement au niveau national.

Les réflexions et les textes européens sur la qualité de l’emploi, la santé et la sécurité au travail, les soins de longue durée ou encore les politiques de soutien au « care » (soins et accompagnement à domicile)ont des conséquences directes sur notre secteur.

Être présent à Bruxelles, c’est donc participer aux discussions qui dessineront le cadre de demain. Si nous ne sommes pas autour de la table, les décisions seront prises sans tenir compte des réalités spécifiques de l’emploi à domicile. Et un secteur absent des textes européens est un secteur qui risque d’être insuffisamment reconnu, protégé ou soutenu.

Mon élection à la vice-présidence d’EFFE traduit aussi la reconnaissance de l’expertise française et renforce la capacité de la Fepem à peser auprès des décideurs publics européen.

Au fil de vos échanges avec vos partenaires européens, quels constats partagés s’imposent aujourd’hui et à quels grands défis êtes-vous tous confrontés ?

Nous faisons face à une réalité largement partagée en Europe : le vieillissement de la population entraîne une augmentation rapide des besoins d’accompagnement des enfants, des personnes âgées et des personnes en situation de handicap. Dans le même temps, les difficultés de recrutement et de fidélisation des professionnels s’accentuent.

Ce contexte d’un vieillissement généralisé de la population en Europe et des besoins corrélés, est au cœur des enseignements du PHS Employment Monitor 2026, l’enquête que nous venons de publier avec nos partenaires européens. Réalisée auprès de plus de 8 200 répondants dans 36 pays, elle constitue à date la photographie la plus complète jamais réalisée du secteur à l’échelle européenne.

Les résultats sont clairs. Les travailleurs expriment une attente forte en matière de rémunération, de reconnaissance et de perspectives professionnelles. Près d’un sur deux a envisagé de quitter le secteur au cours des trois dernières années. L’enquête met également en lumière la persistance du travail non déclaré, souvent alimenté par des coûts trop élevés pour les employeurs et des revenus insuffisants pour les travailleurs.

Mais elle montre aussi qu’il existe des solutions. L’expérience française est souvent citée en exemple. Grâce au dialogue social, à des dispositifs de simplification et de solvabilisation comme le Cesu (Chèque emploi service universel), à la professionnalisation du secteur, aux mécanismes de protection sociale, à la prévention des risques professionnels et à l’accompagnement des salariés, la France a considérablement réduit le travail non déclaré au cours des vingt dernières années.

« Le modèle français de structuration du secteur de l’emploi à domicile, suscite aujourd’hui l’intérêt de nombreux pays européens. »

L’Europe se mobilise-t-elle davantage sur ces questions ?

Oui, et c’est précisément ce qui rend la période actuelle particulièrement déterminante.

Plusieurs initiatives européennes majeures sont en préparation. L’European Care Deal (stratégie européenne en matière de soins et d’accompagnement), attendu en 2027, vise à améliorer les conditions de travail et les parcours professionnels dans les métiers du « care » (métiers du soin et de l’accompagnement à domicile), tout en évaluant les investissements nécessaires pour répondre aux besoins futurs. Le Quality Jobs Act (initiative européenne pour la qualité de l’emploi) prévu fin 2026, devrait renforcer les exigences en matière de qualité de l’emploi, de santé et sécurité au travail, de négociation collective et de lutte contre la pauvreté au travail.

À cela s’ajoutent la nouvelle stratégie européenne pour l’égalité entre les femmes et les hommes ainsi que la stratégie européenne de lutte contre la pauvreté. Notre secteur est directement concerné, puisqu’il repose majoritairement sur l’engagement des femmes et joue un rôle essentiel dans la cohésion sociale.

Des avancées concrètes sont déjà visibles. Le Parlement européen a récemment adopté un rapport sur l’égalité femmes-hommes dans le secteur du « care » (métiers du soin et de l’accompagnement à domicile) qui reconnaît explicitement le rôle des particuliers employeurs et appelle à une meilleure reconnaissance des aidants, qu’ils soient professionnels ou informels.

Ces avancées montrent l’utilité d’une représentation structurée. Mais elles soulignent également un enjeu fondamental : les futures réglementations devront tenir compte de la spécificité de l’emploi à domicile. Un domicile privé n’est pas une entreprise et un particulier employeur n’est pas un employeur comme les autres. Les réponses européennes devront intégrer cette réalité.

C’est ce dont vous avez discuté lors de la plénière des partenaires sociaux européens à Bruxelles ?

Absolument, car c’est là que se construit le collectif qui porte le dialogue social du secteur au niveau européen.

Cette réunion rassemble les organisations représentatives des employeurs et des travailleurs du secteur des services à la personne et de l’emploi à domicile, de plusieurs pays européens.

Nous avons notamment travaillé sur les questions de santé et sécurité au travail, de soins de longue durée et de négociation collective. Ces échanges ne sont pas théoriques : ils alimentent directement les positions que nous défendons auprès de la Commission européenne et du Parlement européen.

Le dialogue social européen repose sur un principe simple : il ne peut être fort que si les organisations nationales sont elles-mêmes solides et représentatives. Une voix française influente à Bruxelles suppose une Fepem forte en France. Réciproquement, la reconnaissance du dialogue social européen renforce la légitimité des acteurs nationaux qui y participent.

La visibilité européenne et la reconnaissance nationale se nourrissent ainsi mutuellement.

« L’Europe n’est pas une réalité lointaine. Elle influence déjà les règles qui encadrent les relations de travail, les conventions collectives, les dispositifs de soutien à l’emploi déclaré ou encore les politiques de protection sociale. »

Au-delà de Bruxelles, cette coopération européenne se construit aussi sur le terrain. C’est le sens de votre déplacement à Amsterdam ?

Tout à fait, au lendemain de la plénière, je me suis rendue à Amsterdam pour accompagner le lancement de la toute première organisation représentant les employeurs à domicile aux Pays-Bas.

C’est un événement fondateur : les Pays-Bas comptent près d’un million de ménages employeurs, mais jusqu’à présent aucune structure ne portait leur voix de manière organisée.

Cette création illustre concrètement ce que permet la coopération européenne. Lorsque des organisations comme la Fepem partagent leur expérience, leurs outils et leur expertise, elles contribuent à structurer le secteur dans d’autres pays. Et plus les organisations nationales se développent, plus la représentation européenne gagne en force et en légitimité.

J’ai souhaité transmettre à nos partenaires néerlandais un message d’encouragement. En France, la construction de notre modèle s’est faite progressivement, sur plusieurs décennies. Chaque étape a permis la suivante.

L’histoire de l’emploi à domicile montre aussi qu’organiser les employeurs n’est pas s’opposer aux travailleurs. Bien au contraire. Les avancées sociales dont bénéficient aujourd’hui les salariés du secteur — professionnalisation, protection sociale, santé au travail, prévoyance ou encore retraite complémentaire — sont le résultat du dialogue social construit entre la Fepem et les organisations syndicales. Sans représentation structurée des employeurs, ces progrès n’auraient pas été possibles.

Quel message souhaitez-vous adresser aux particuliers employeurs français ?

Ce qui se construit aujourd’hui au niveau européen façonnera le cadre dans lequel s’inscrira demain l’emploi à domicile en France.

Si notre modèle est reconnu dans les politiques européennes, il sera mieux protégé et davantage soutenu. S’il est ignoré, il risque d’être fragilisé par des décisions conçues sans prendre en compte ses spécificités.

L’engagement de la Fepem au sein d’EFFE, sa participation au dialogue social européen et son action auprès de ses partenaires européens répondent à cet objectif : faire reconnaître pleinement l’emploi à domicile et les millions de citoyens qu’il concerne.

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