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Le Lab Migration : une initiative unique à l’échelle d’une branche professionnelle

800 000 emplois à pourvoir d’ici 2030 : le secteur de l’emploi à domicile affronte un défi de taille. Il y a un peu plus d’un an, la Fepem, déterminée à agir, lançait avec ses partenaires une initiative unique et innovante : le Lab Migration. L’objectif : donner aux salariés nés à l’étranger les moyens linguistiques, professionnels et culturels de leur réussite dans l’emploi. Alors que les premiers stagiaires de l’expérimentation pilote sont actuellement en formation à Marseille, il est temps de faire le point sur l’avancement du projet avec Ophélie Lerouge, directrice des projets structurants à la Fepem.

 

Les origines du Lab Migration 

Le projet Lab Migration a été lancé le 11 mars 2022, lors d’une conférence organisée par la Fepem à Marseille. L’objectif est double. Le premier tient en quelques chiffres : d’ici à 2030, quelques 660 000 salariés à domicile vont prendre leur retraite, et le vieillissement de la population exigera qu’on en recrute 130 000 de plus. Ce sont donc près de 800 000 emplois qu’il faudra pourvoir, dans un contexte de recrutement déjà tendu. Le second objectif est celui de l’intégration. Dans le secteur des particuliers employeurs, un salarié à domicile sur cinq est en effet né à l’étranger. Or l’emploi chez le particulier représente, par la qualité des relations interpersonnelles qu’il entraîne, un formidable vecteur d’intégration.

Pour ces raisons, explique Ophélie Lerouge, « nous avons créé le Lab Migration pour l’emploi à domicile. Il propose un parcours innovant et personnalisé d’intégration et de professionnalisation. Il repose sur un triptyque : langue française, compétences professionnelles, citoyenneté ». Une initiative unique à l’échelle d’une branche professionnelle.

 

Une première expérimentation en cours à Marseille

Le principe d’un projet pilote à Marseille a été acté dès octobre 2022. « Nous avons signé un protocole d’intention avec 10 partenaires, parmi lesquels les partenaires sociaux du secteur, la préfecture des Bouches du Rhône, l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII), Pôle emploi, la ville de Marseille, la région Sud Paca, Iperia, l’Université du domicile ». Un comité de pilotage a été créé, ainsi qu’un « comité technique afin de pouvoir ajuster les parcours, les modéliser, créer des passerelles entre des dispositifs existants. L’objectif étant que les bénéficiaires puissent avoir un parcours cohérent et sans rupture ».

Le 14 février 2023, un premier groupe de stagiaires s’est réuni dans les locaux de l’EMD Terre de Ciel à Marseille. Un site étudiant qui permet d’instaurer dès l’abord une mixité intéressante. La sélection s’était faite en amont, lors d’une réunion d’information collective. « Les personnes intéressées avaient été recontactées par Iperia, qui s’est ensuite occupée de consolider leurs projets professionnels. »

Ce premier groupe est positionné sur le métier d’employé familial. « Nous constituons des groupes par métier : garde d’enfant, assistant de vie, employé familial. » La première expérimentation vise à former une cinquantaine de personnes dans l’année, idéalement par 4 ou 5 groupes de 10 à 12 personnes. La formation combine, dans le programme du Lab Migration, le perfectionnement du français, les compétences du métier proprement dit et une dimension de citoyenneté. Cette dernière inclut « un module qui permet de comprendre comment nous vivons et travaillons en France, quels sont les droits et devoirs ; mais aussi un accompagnement pour l’entrée dans l’emploi. » Parallèlement, les particuliers employeurs ont à leur disposition un module sur le thème « comment contribuer à l’intégration de mon salarié ? ». Cette dimension citoyenne et emploi est spécifique au Lab Migration.

La formation de ce premier groupe se poursuit jusqu’au 14 juin. Puis, les groupes suivants partiront à leur tour. L’expérimentation marseillaise se poursuit donc. A leur sortie, « les stagiaires seront mis en relation avec les particuliers employeurs intéressés ».

 

Le Lab Migration essaime en Île-de-France

Dans le même temps, une deuxième expérimentation s’apprête à être lancée en Île-de-France. Les  modalités précises et les partenariats ne sont pas encore publics, mais le projet avance. L’objectif, à terme, est de déployer la méthode dans l’ensemble des régions. « Nous allons travailler avec des acteurs similaires, tout en nous adaptant à la situation locale. Nous sommes dans une logique d’expérimentation : nous observons, nous ajustons, et nous en tirons les enseignements pour la suite ».

L’observation et l’évaluation font en effet partie intégrante de la démarche : il s’agit d’un laboratoire. Une autre originalité de l’initiative est « la mise en place d’un groupe témoin de particuliers employeurs, impliqués dans la mise en place et la modélisation du Lab Migration ».

L’expérience de la première vague de stagiaires à Marseille permet ainsi déjà d’apporter des améliorations pour la deuxième vague comme pour le projet francilien. Ce dernier sera lancé officiellement le 30 mai 2023 à Paris, pour un premier départ en formation à l’automne 2023.

 

« Nous cherchons à créer un dispositif d’emploi-formation à part entière. Le Lab Migration intéresse les territoires parce qu’il offre des perspectives d’emploi dans des métiers de proximité. Il présente à la fois une forte utilité sociale et économique, et une forte dimension territoriale ».

 

Les 28 et 29 juin, la Fepem et le secteur des particuliers employeurs et de l’emploi à domicile organisent une nouvelle Conférence de consensus, sur le thème « Travail, emploi, domicile : incubateur(s) d’une migration citoyenne inclusive ? ». Ce « temps fort de la réflexion du secteur sur la question migratoire », selon les termes d’Ophélie Lerouge, en s’appuyant sur son expérience historique, sera organisé autour de chercheurs et de spécialistes, et abordera cette question d’actualité et de débat de société de manière constructive et apaisée.

Directrice des projets structurants

Ophélie Lerouge

Ophélie Lerouge pilote l’expérimentation du Lab Migration au sein de la Fepem.

Quelques chiffres sur les salariés étrangers du secteur des particuliers employeurs :

Retrouvez l’ensemble de l’étude de l’Observatoire de l’emploi à domicile sur  les salariés immigrés dans le secteur des particuliers employeurs en téléchargeant le baromètre n°37 de l’Observatoire.

Équipe éditoriale de la Fepem

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